Présentation de l'Editeur
Gisella se trouvait face à elle-même.
Elle regarda par terre. L'herbe lui sembla soudain
très proche et, à la place de ses mains,
elle se vit avec deux petites pattes noires de renard.
Derrière, elle découvrit une longue
queue de renard, avec un panache blanc. La renarde
avait pris sa place. Voilà ce dont Grand-Tante
Tanteh avait essayé de la protéger.
Pendant que Gisella la regardait dans les yeux, la
renarde s'était glissée dans son corps,
et maintenant c'était Gisella qui était
dans celui de la renarde.Maintenant,
je suis une renarde, pensa-t-elle, et la renarde est
moi.
Un
roman fantastique et initiatique, pour réfléchir
à la guerre.
Lauréat
de la médaille Caldecott (prestigieux prix
de littérature pour la jeunesse décerné
aux Etats-Unis), pour L'homme qui marchait entre
les tours, Mordicai Gerstein est également
illustrateur. En France, il a publié un album,
L'Enfant sauvage (l'école des loisirs, 1999),
d'après l'histoire de Victor, l'enfant sauvage
de l'Aveyron.
Extrait
du livre:
Une violente explosion l'envoya rouler les quatre
fers en l'air dans l'angle de la pièce. Les
coups de canon qui se succédaient, les déflagrations
et les tirs des fusils élevèrent soudain
une muraille sonore, à travers laquelle elle
entendit des centaines de soldats qui criaient et
couraient. Gisella risqua un oeil par la porte ouverte.
Il y avait de la fumée partout. Le général
qui avait emmené son frère galopait
au milieu des troupes et jurait en faisant tournoyer
son sabre. Les soldats avaient le visage maculé
de terre. Certains traînaient leur jambe ou
soutenaient un camarade. Leurs uniformes étaient
déchirés, beaucoup étaient
couverts de sang. Des chevaux tiraient une charrette
brinquebalante pleine de blessés, et elle
entendit leurs gémissements et leurs cris
au milieu des détonations qui se rapprochaient.
Elle chercha à reconnaître son frère
parmi eux, mais ils étaient trop nombreux.
Il y eut un sifflement strident, de plus en plus
fort, et le sol de l'autre côté de
la route explosa dans une gerbe de feu, de terre
et de fumée qui s'éleva jusqu'au ciel
et la projeta à terre. Les soldats se mirent
à courir plus vite. Un autre sifflement,
une autre explosion, puis une autre et encore une,
si fort et si près qu'elle pensa qu'elle
allait sûrement être réduite
en petits morceaux. Les fenêtres tremblaient.
De la terre, des cailloux et des branches d'arbres
mitraillaient le toit comme une monstrueuse tempête
de grêle. Ses poils étaient hérissés.
La queue enroulée autour d'elle, tremblante
et haletante de terreur, elle s'aplatit sur le so
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